Le Plumier

Au gré de ma fantaisie

lundi 1 juin 2009

Bernard Debré, un humaniste.

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Bernard Debré est professeur de médecine avant d'être un homme politique. C'est aussi un humaniste qui se dessine au travers des pages de son dictionnaire amoureux qui, comme tous les tomes de cette collection éditée par Plon, peut se lire au choix article par article ou selon le désir, au hasard des sujets classés par ordre alphabétique, en se référant spontanément au thème choisi. Lorsque j'acquis l'ouvrage je pensai y trouver le détail de certaines pathologies ou bien encore des éléments me permettant d'y découvrir diagnostics et thérapeutiques. Si l'on y trouve quelques informations de ce type, ce n'est pas un annuaire ou une encyclopédie médicale. C'est autre chose où l'auteur nous livre le fond de sa pensée, mêlant à ses connaissances l'humour, la pertinence, la mythologie et enfin la religion, qui n'est que la continuité de son précédent.
Précisant dans son avant-propos que "la religion et la médecine ont dormi longtemps dans le même lit", chamans et plantes participant de guérisons aléatoires, la dichotomie se fit prégnante au fur et à mesure que progressait la science. On constate à le lire que même de nos jours, en ce début de XXI e siècle où la science est omniprésente, les peurs, les angoisses et les préjugés n'ont pas encore été bannis de l'esprit des hommes. Face à la maladie l'ignorance nous égare et fait rejeter, comme autrefois lépreux ou pestiférés, ceux atteints d'affections qui effrayent. Et la religion, quelle que soit la divinité pour laquelle elle impose ses croyances, n'est pas absente dans le refus caractériel du progrès.
De la plus simple protection permettant la non-transmission du sida à la pratique de l'avortement, de l'eugénisme à la mort assistée, de la recherche sur les cellules souches aux mères porteuses, les églises ou, pire, les sectes, refusent à priori toute avancée. Mais la science a toujours su franchir les obstacles et poursuivre, pour le bien de l'humanité, sa progression.
Nous ne partageons pas les mêmes opinions politiques, mais il en est une que je fais mienne lorsqu'il écrit que "...je rejette viscéralement: un système dans lequel les aspirations individuelles ne compteraient pour rien face à la norme collective, norme imposée aussi bien par une idéologie scientifique dominante que par un Etat dictatorial..."
Entre l'outrance, le fascisme des uns (tel ce meurtre, perpétré aujourd'hui, du  médecin américain, George Tiller, pratiquant l'IVG) et la tiédeur des autres, il est salutaire que des voix s'élèvent pour apporter un autre refrain, celui de l'humanisme. Bernard Debré fait partie de ces rares esprits.

B.Debré - Dictionnaire amoureux de la médecine - Plon - 24€

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jeudi 21 mai 2009

Pierre Michon: "Les onze".

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"Les Onze" est un tableau imaginaire commandé par trois sans-culottes à l'un des peintres, tout aussi fictif, de l'atelier de David. Michon, de son écriture évocatrice, riche et d'une pureté rafraîchissante dans ce magma de parutions qui nous envahit désormais, nous fait pénétrer dans l'univers sombre de la Terreur où les machinations, car ce tableau en est une dont on comprendra la signification à la fin de ce court récit, vous conduisaient, sans en connaître toujours les raisons, vers la guillotine. Le Comité de Salut Public ravageait les têtes avant de ravager celles de ses membres.
Ce livre, Pierre Michon ne l'aurait probablement jamais écrit sans l'intervention de son éditeur. En gestation depuis une quinzaine d'années, il ne parvenait pas à renouer le dialogue avec ses personnages. Puis un jour, par la simple interversion d'un mot au sein d'une phrase, la musique a repris son rythme. On ressent bien, lorsqu'on aborde la seconde partie de l'œuvre, le déclic qui s'est produit. Dans une récente interview Michon le précise. Lorsque Proli demande à Corentin, ce peintre limousin dont la généalogie déroulée en première partie fait corps avec celle de l'auteur, s'il veut honorer une commande, il lui pose la question, mais si elle fut purement interrogative dans un premier temps, ce qui ne satisfaisait pas l'auteur, le travail inlassable de l'écrivain porta ses fruits lorsqu'il devina que cette demande devait être également un ordre.
A la première version, "veux-tu honorer une commande, citoyen peintre?", succéda celle qu'on lit désormais et qui permit à Pierre Michon de poursuivre: "Tu veux honorer une commande, citoyen peintre?"
Tout est là, une simple inversion, une infime correction et c'est l'engrenage qui reprend son mouvement pour aboutir à la création telle qu'on la souhaite, mêlant réalité et fiction, imposant à l'esprit une peinture des mœurs de cette époque trouble et cruelle, dessinant cette hydre à onze têtes jamais réunies et pourtant tant dépendantes les unes des autres. C'est ce qui fait la différence entre un auteur et les écrivaillons dont la prose ne captive nullement. Celle de Pierre Michon est à découvrir pour ceux qui ne le connaissent pas, à savourer pour ceux qui le lisent depuis longtemps. Auteur à part dans les lettres françaises, presque confidentiel, il est le garant de la pureté d'une langue dont la déliquescence, texto après texto, ne peut qu'émouvoir les amoureux de notre culture.

Editions Verdier: "Les onze"

mercredi 22 avril 2009

La Bibliothèque numérique mondiale.

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La BNF y est peu représentée puisque pour le moment seuls huit documents sont accessibles. Mais l'avenir, que l'on souhaite florissant à la Bibliothèque numérique mondiale (BNM) lancée hier mardi par l'Unesco, devrait apporter son lot de manuscrits, photos et autres trésors qui sont la mémoire de l'humanité, au fur et à mesure de son évolution.
Ce n'est pas une encyclopédie, un dictionnaire, mais une sorte de médiathèque universelle où d'un simple clic chacun accède à ce qu'il n'aurait sans doute jamais connu sans cette fantastique ouverture sur le monde qu'offre internet. A moins d'acquérir une multitude d'ouvrages —dont on sait qu'ils demeurent indispensables— colligeant ces documents, ou d'aller, pérégrin assoiffé de découvertes, de musées en bibliothèques compulser, lorsque c'est accessible, les œuvres des hommes de 8000 avant notre ère jusqu'à nos jours.
Le site s'ouvre sur une planisphère répertoriant le nombre des "objets" afférents aux continents et sous continents. Il suffit de se positionner sur l'un d'eux et de presser la souris pour accéder à l'ensemble des documents offerts pour le lieu considéré puis de choisir.
Sous la carte, une échelle du temps modifie les choix, allant de -8000 à +1950.
Une autre possibilité permet de naviguer selon ce que l'on privilégie, le lieu, la période, le thème etc...
A l'heure actuelle la BNM contient environ 1500 documents, loin derrière Google et sa numérisation de livres. Mais le but n'est pas identique, privilégiant la qualité à la quantité, le site offre les éléments qui ont fait l'histoire des hommes et le patrimoine de l'humanité. C'est ainsi que j'ai pu admirer le livre d'heures, prières en latin destinées aux laïcs diffusées à la fin de l'époque médiévale, issu des ateliers de Geoffroy Tory, graveur parisien du début des années 1500, mais aussi grammairien. Imprimeur du roi grâce à François 1 er, il eut pour apprenti Claude Garamond dont le nom perdure dans les caractères d'imprimerie utilisés par l'édition.
Bien évidemment on préférerait avoir entre ses mains l'original, mais peut-on imaginer  tel scénario, avec la certitude de voir l'œuvre se détruire inexorablement sous l'usure des caresses, pourtant amoureuses.
Nous vivons une époque magnifique où tout devient accessible, à portée d'un clic, où le savoir, la connaissance, la découverte, s'ouvrent au plus grand nombre grâce au développement d'une communication totalement éclatée et pas si virtuelle que cela. Il suffit d'enregistrer, d'imprimer pour détenir l'enregistrement d'une Marseillaise datant de 1898 ou la copie d'un incunable.
Pour parfaire l'ensemble, ce site est entièrement gratuit, publié en plusieurs langues, dont le français bien évidemment, et d'une richesse qui ne demande qu'à grandir. A l'abri des législateurs de tout acabit à qui l'on demande d'aller légiférer au large, n'ayant pas compris que ce que l'on découvre sur un écran incite aussi un esprit curieux à se déplacer vers le musée, la bibliothèque, le libraire, le disquaire, la salle obscure où il pourra venir admirer ce qui l'a fait rêver.

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jeudi 16 avril 2009

Druon, témoin d'une époque.

Que retiendra-t-on de Maurice Druon? Le chant des Partisans, sans aucun doute, qu'il écrivit à deux voix avec son oncle, Joseph Kessel, sur une musique d'Anna Marly. Quant au reste, une œuvre littéraire dont on se souviendra qu'elle fut —en tout cas pour "Les Rois Maudits", puisqu'il l'avouait lui-même avec élégance— en partie écrite avec l'aide de quelques auteurs, dont Edmonde Charles-Roux, mais qui le propulsa tout de même vers le Quai Conti où il devint secrétaire perpétuel de la docte assemblée. Classique jusqu'au bout de sa cigarette, il accepta mal l'arrivée de Marguerite Yourcenar —une femme à l'Académie! oui, mais quelle femme!— sachant cependant céder sa place à une autre, Hélène Carrère d'Encausse, faisant preuve de noblesse lorsque l'âge l'y contraignit, mais nullement l'obligation.
Ce que je retiendrai pour ma part, certes pas son attitude énergiquement conservatrice, mais tout d'abord la pureté de sa langue lorsqu'il s'exprimait. Peu savaient parler avec une telle aptitude à dire le mot juste, peu le peuvent de nos jours, avec en prime cette emphase qui rappelait celle de Sacha Guitry. Peut-être cette ascendance Russe.
Dans la banalité, la platitude de notre esthétique contemporaine, par son port vestimentaire, par son parler, par ses certitudes, par toute sa façon d'être, il tranchait et donnait l'image —désuète peut-être, ou plutôt archaïque aux yeux de certains— d'une originalité qu'on ne rencontre plus.
Je ne partageais pas, loin de là, ses opinions, hormis son intransigeance dans la défense de la langue et son refus de la féminisation absurde des mots, au nom d'une suprématie machiste comme le serinent quelques féministes écervelées. Il faut aussi, face à une trop grande désincarnation de la langue, un gardien du Temple dont la sévérité contribue à limiter les dérives incongrues, et savoir trouver le bon équilibre.
Il fut aussi cet enfant côtoyant Mermoz ou Saint-Exupéry de passage chez Kessel. Il fut cet officier de cavalerie chargeant, avec les cadets de Saumur ses frères d'arme, l'envahisseur Nazi. Il fut le patriote s'embarquant pour Londres où il devint l'aide de camp de d'Astier de la Vigerie. Ministre éphémère et peu brillant sous Pompidou, son intransigeante politique culturelle axée sur le passé et l'ordre lui vaudra les foudres des intellectuels de l'époque.
D'une jeunesse hardie, Druon va glisser vers une maturité plus conservatrice, voire réactionnaire.
Ce ne fut pas le dernier grand écrivain à disparaître. Il n'avait ni la puissance politique ni la stature littéraire d'un Malraux ou d'un Sartre. Eux furent sans doute les derniers représentants d'une race d'hommes qu'on ne reverra plus. Mais il était le témoin d'une époque révolue et à ce titre un hommage lui devait d'être rendu.
Je le fais en vous proposant le Chant des Partisans dans une version magnifique chantée par Marc Ogeret.




Le Chant des partisans (hommage 8 mai)

lundi 23 février 2009

"La première vie" de B. Ruhaud.

375970Nanterre dans les années cinquante, la banlieue pauvre, ouvrière où le parti communiste affirme sa présence dans un combat de chaque jour mené par des hommes à l'espoir chevillé au corps. Bernard Ruhaud, dans son premier récit, nous la décrit cette banlieue de son enfance où malgré tout le bonheur ressemblait à ces photos de Doisneau d'enfants batifolant dans les rues.
Entre les manifs où il suivait son père, la distribution de l'Huma, les affiches à coller et la violence de l'époque, un visage se détache, celui de sa mère, toujours présente et dont la mort évoquée clôt l'ouvrage. L'écriture est simple, brute, sans fioritures, comme l'étaient ces années d'après guerre où tout était à reconstruire, même l'espérance.
J'ai lu "La Première Vie" au moment de sa sortie, il y a une dizaine d'années, et si j'en parle aujourd'hui, c'est que l'actualité nous y ramène dans cet épisode tragico-comique écrit stupidement par la police verbalisant Lounis Ibadioune, militant communiste vendant l'Humanité-Dimanche sur un marché de la Goutte d'Or.
Les flics, toujours, auront une tendance maladive à ne pas réfléchir, tout comme hier ils bastonnaient dans le quartier de Nanterre.
Bernard Ruhaud est aussi un délicieux poète. "Strictement pour Josiane" est un recueil d'une cinquantaine de poèmes dédiés à son épouse. Chaque mot est un aveu d'amour.
                                  "Le chemin — c'est pareil
                                Il se perd dans la montagne
                              Comme le matin dans tes yeux."

"La Première vie" , B. Ruhaud, Stock, 12,04€
"Strictement pour Josiane", B. Ruhaud, Rumeur des Ages, 7,50€

Posté par patrickpike à 13:25 - littérature - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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