Le Plumier

Au gré de ma fantaisie

mercredi 20 février 2008

VOLTAIRE APOCRYPHE.

250px_Voltaire“Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire”

Contrairement à ce que l’on croit, cette citation n’est pas de VOLTAIRE, du moins ne la trouve-t-on nulle part dans son oeuvre.

Elle aurait pu être sienne cependant, tant son désir de tolérance était grand, mais pas entier.

Cette citation provient de la traduction d’une phrase mise entre guillemets d’un auteur anglais, Evelyn Béatrice Hall, “I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it.” écrite dans un de ses ouvrages sur Voltaire en 1906 “The friends of Voltaire”.

Toutefois on pense qu’elle aurait son origine dans sa défense d’Helvétius dont il disait qu’il valait mieux que tous ses ennemis ensemble. Il n’aimait pas en revanche son livre “De l’Esprit” qui de son point de vue était trop chargé d’erreurs et de vérités triviales. “J’ai pris son parti hautement, quand des hommes absurdes l’ont condamné pour ces vérités mêmes.”

C’est ainsi que depuis des générations des lycéens planchent péniblement sur une citation apocryphe, que des professeurs continuent consciencieusement de la lui attribuer, que chacun s’extasie sur sa tolérance et qu’une réputation se forge.

Certes Voltaire aimait la liberté d’expression, et la sienne en particulier, mais ne détestait pas la censure autant qu’on aimerait le croire. Dans le Dictionnaire Philosophique il n’hésite pas à critiquer Aristophane lorsque celui-ci incitait les Athéniens à penser que Socrate était athée, en écrivant “Un peuple entier, dont le mauvais gouvernement autorisait de si infâmes licences, méritait bien ce qui lui est arrivé...” ce qui signifie de facto un éloge de la censure.

Mais qu’importe après tout ce dérapage, l’essentiel de son oeuvre montre une largesse d’esprit qui manque à beaucoup de nos jours, tout comme elle a manqué auparavant.

J’aurais aimé faire mienne cette citation, tant la censure me semble l’arme des faibles, mais ne pense pas pouvoir l’appliquer avec autant de rigueur que je le souhaiterais. Je ne crois pas avoir l’âme d’un martyr et ne me battrai pas jusqu’à la mort pour que certains déversent leur message de haine. J’admire ces hommes et ces femmes qui risquent leur vie pour avoir critiquer l’Islam fanatique. Comment peut-on au nom d’une idéologie lancer une fatwa contre quelqu’un qui ne pense pas comme vous? Comment peut-on laisser s’exprimer quelques fascistes? Comment les faire taire? Que faire? Les laisser dire au nom de la tolérance? Les censurer au risque d’en pâtir, eux qui censurent de façon radicale? Ne pas vouloir les entendre c’est nier aussi leur pouvoir de nuisance et leur prosélytisme.

En leur citant Voltaire, encore une fois pour essayer de les convaincre. “Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant.” (traité sur la tolérance à l’occasion de la mort de Jean Calas. Ch XXIII.

Posté par patrickpike à 13:03 - littérature - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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