vendredi 10 octobre 2008
Le Clézio le quatorzième.
Obtenir un prix littéraire, c'est bien sûr une récompense, mais avant tout une reconnaissance de la part de ses pairs ou de ses lecteurs, selon ceux qui le décernent. Le Nobel c'est autre chose, c'est la révérence, la prosternation du monde envers celui ou celle qui sut, par son travail et son talent, offrir à l'humanité une part de lui-même, le rêve qui se prolonge au travers de ses mots. Au-delà d'une consécration, cette banalité ressassée, cet enterrement du vivant, cette agonie qui débute, le Nobel est la marque de l'émerveillement, de l'admiration, de la préférence, de l'estime.
Depuis sa création en 1901, rares furent les piliers de notre littérature, pourtant si riche et si féconde, à venir enrichir ce naos. Et pourtant, tout débuta dans l'extase puisque ce fut un poète, Sully Prud'homme, qui obtint le premier Nobel de littérature. Puis ce furent Mistral et Romain Rolland, Anatole France dont la langue est une source claire, Bergson et Roger Martin du Gard qu'il faut lire, absolument, pour savoir vraiment ce que c'est qu'écrire, Gide et Mauriac, mes premières lectures, mes premiers livres, sans aucun doute mes premiers frissons, mes primes tourments; vint ensuite Camus qui sut m'apprendre à m'interroger puis St-John Perse, un autre poète, enfin, aux vers amples et souples comme une danse marine. Sartre, dont je ne comprends toujours pas le refus, le Nobel n'étant pas une consécration, un hommage, mais un salut fraternel, Sartre qui m'apprit certainement avec quelques autres à me révolter. Puis il fallut attendre une vingtaine d'années, à croire que la littérature française n'existait plus, déclinait, sombrait dans le néant du banal, pataugeait dans une recherche incertaine d'identité. Et pourtant! Oeuvraient dans cette ombre quelques intransigeants du langage dont Claude Simon, parfois difficile à lire tant se mêle, s'entrechoque son vécu à son imaginaire. Quinze ans encore avant que ne fut décerné le prix à Gao Xingjian, dont, à ma honte infinie, j'avoue n'avoir rien lu de lui mais sachant tout de même qu'il quitta sa Chine natale après y avoir connu la prison à cause que sa pensée était jugée subversive et trop libre.
Et aujourd'hui Le Clézio, dont la vie est un voyage et l'on sait bien que tous les voyageurs, les vrais, ont un coeur aussi grand que l'Océan où se croisent tous les peuples du monde.
Une amie me disait l'autre jour, bien avant que son nom circulât pour le Nobel, qu'il était son écrivain préféré. Comme elle avait raison.
