mardi 8 septembre 2009
Simplifier l'orthographe, ça ne marche pas!
Je pourrais prendre pour exemple tous les métiers du monde ou tous les arts pour illustrer mon propos. Un potier qui ne saurait travailler l'argile risquerait fort de ne créer qu'informe poterie inutile et pas même décorative. Mais on me taxerait de biaiser ma démonstration au prétexte que modeler la glaise ne s'applique pas à tous et n'est pas forcément nécessaire, alors que parler et écrire notre langue relève d'une activité quotidienne et indispensable.
Je pendrai donc pour exemples la marche ou bien le goût, mais encore la tenue et pourquoi pas l'expression, toutes ces choses qui monopolisent notre existence alors même que nous n'en avons nulle conscience.
Marcher est un défi à l'équilibre puisque l'ensemble du corps ne repose que sur un seul point d'appui lorsque l'une des jambes se projette vers l'avant, en alternance, comme pour chuter. Pour contrecarrer le mouvement du bassin et conserver son axe, alors qu'il effectue un mouvement rotatoire, le bras, du côté de la jambe qui avance, est rejeté en arrière. Pas simple pour un nourrisson dont l'exploration terrestre se fait en rampant ou à quatre pattes. Après l'apprentissage, pourtant, long et douloureux lors de quelques chutes, il effectuera le mouvement sans y prendre garde, puis développera sa propre manière de se déplacer. Sans cela l'enfant ne marchera jamais et certaines pathologies génétiques, acquises ou accidentelles condamnent au fauteuil.
Le goût, également, ne s'acquiert qu'avec l'apprentissage et le refus d'une nourriture inconnue est patente chez l'enfant qui ne l'accepte qu'à l'exemple de ses parents l'absorbant devant lui. Vieux réflexe de notre animalité omnivore qui nous fait se méfier de tout ce qui est nouveau. Mais une fois le goût acquis, libre à l'enfant d'en développer les nuances et les mélanges. Les ruminants n'ont pas ce dilemme, ils broutent la même herbe depuis l'origine.
Quant à la tenue et l'expression, il s'agit toujours d'apprentissage et donc d'éducation. Selon ce que l'on vous aura montré et selon l'effort que vous aurez fait pour les acquérir, ou votre simple disposition, vous paraîtrez, pour simplifier, exquis ou vulgaire.
Et il en est ainsi de la langue et plus particulièrement de l'orthographe que quelques invalides s'échinent à vouloir simplifier. Mais comme on ne peut simplifier la marche pour avancer, au risque de claudiquer, il en est de même de l'écriture pour se faire comprendre, au risque de se ridiculiser. François de Closets, qui a commis un bouquin totalement inutile sur l'opportunité de simplifier l'orthographe, avoue avoir souffert de ne pas toujours savoir correctement écrire. Il a pourtant vagabondé du droit à la science et que je sache, cette dernière ne se complaît pas dans l'approximation. Imaginez un chimiste disposant des atomes de carbone comme bon lui semble, peut-être obtiendrait-il un composé —après tout, pourquoi pas, si les liaisons s'acceptent?— très original, mais totalement inutile, certainement.
Il y a des règles pour tout —malheureusement diront certains— et c'est à partir de ces règles, étudiées, acquises, maîtrisées, que s'élabore ensuite l'œuvre ou l'ouvrage. Le meilleur exemple est celui de la peinture où les plus grands de nos contemporains ont d'abord acquis les fondamentaux en copiant les classiques avant de déstructurer leurs toiles. Ceux qui n'en passent pas par là ne font que des croûtes dont ils pensent qu'elles sont des chefs d'œuvre. Sans doute du point de vue de leur grammaire ceux qui n'ont pas fait l'effort de dominer l'orthographe aimeraient-ils qu'elle fût à leur image, mais au risque de devenir incompréhensible la langue avec eux, qui plus est, s'en retournera vers l'origine: l'onomatopée.
Ainsi de tout artisan dont le travail doit s'accomplir dans les règles de l'art, sinon on aborde aux rives du bricolage.
Tout comme un enfant rebelle à la difficulté de la marche reste l'animal à quatre pattes que nous fûmes originellement.
