Le Plumier

Au gré de ma fantaisie

mardi 8 septembre 2009

Simplifier l'orthographe, ça ne marche pas!

marcheurJe pourrais prendre pour exemple tous les métiers du monde ou tous les arts pour illustrer mon propos. Un potier qui ne saurait travailler l'argile risquerait fort de ne créer qu'informe poterie inutile et pas même décorative. Mais on me taxerait de biaiser ma démonstration au prétexte que modeler la glaise ne s'applique pas à tous et n'est pas forcément nécessaire, alors que parler et écrire notre langue relève d'une activité quotidienne et indispensable.
Je pendrai donc pour exemples la marche ou bien le goût, mais encore la tenue et pourquoi pas l'expression, toutes ces choses qui monopolisent notre existence alors même que nous n'en avons nulle conscience.
Marcher est un défi à l'équilibre puisque l'ensemble du corps ne repose que sur un seul point d'appui lorsque l'une des jambes se projette vers l'avant, en alternance, comme pour chuter. Pour contrecarrer le mouvement du bassin et conserver son axe, alors qu'il effectue un mouvement rotatoire, le bras, du côté de la jambe qui avance, est rejeté en arrière. Pas simple pour un nourrisson dont l'exploration terrestre se fait en rampant ou à quatre pattes. Après l'apprentissage, pourtant, long et douloureux lors de quelques chutes, il effectuera le mouvement sans y prendre garde, puis développera sa propre manière de se déplacer. Sans cela l'enfant ne marchera jamais et certaines pathologies génétiques, acquises ou accidentelles condamnent au fauteuil.
Le goût, également, ne s'acquiert qu'avec l'apprentissage et le refus d'une nourriture inconnue est patente chez l'enfant qui ne l'accepte qu'à l'exemple de ses parents l'absorbant devant lui. Vieux réflexe de notre animalité omnivore qui nous fait se méfier de tout ce qui est nouveau. Mais une fois le goût acquis, libre à l'enfant d'en développer les nuances et les mélanges. Les ruminants n'ont pas ce dilemme, ils broutent la même herbe depuis l'origine.
Quant à la tenue et l'expression, il s'agit toujours d'apprentissage et donc d'éducation. Selon ce que l'on vous aura montré et selon l'effort que vous aurez fait pour les acquérir, ou votre simple disposition, vous paraîtrez, pour simplifier, exquis ou vulgaire.
Et il en est ainsi de la langue et plus particulièrement de l'orthographe que quelques invalides s'échinent à vouloir simplifier. Mais comme on ne peut simplifier la marche pour avancer, au risque de claudiquer, il en est de même de l'écriture pour se faire comprendre, au risque de se ridiculiser. François de Closets, qui a commis un bouquin totalement inutile sur l'opportunité de simplifier l'orthographe, avoue avoir souffert de ne pas toujours savoir correctement écrire. Il a pourtant vagabondé du droit à la science et que je sache, cette dernière ne se complaît pas dans l'approximation. Imaginez un chimiste disposant des atomes de carbone comme bon lui semble, peut-être obtiendrait-il un composé —après tout, pourquoi pas, si les liaisons s'acceptent?— très original, mais totalement inutile, certainement.
Il y a des règles pour tout —malheureusement diront certains— et c'est à partir de ces règles, étudiées, acquises, maîtrisées, que s'élabore ensuite l'œuvre ou l'ouvrage. Le meilleur exemple est celui de la peinture où les plus grands de nos contemporains ont d'abord acquis les fondamentaux en copiant les classiques avant de déstructurer leurs toiles. Ceux qui n'en passent pas par là ne font que des croûtes dont ils pensent qu'elles sont des chefs d'œuvre. Sans doute du point de vue de leur grammaire ceux qui n'ont pas fait l'effort de dominer l'orthographe aimeraient-ils qu'elle fût à leur image, mais au risque de devenir incompréhensible la langue avec eux, qui plus est, s'en retournera vers l'origine: l'onomatopée.
Ainsi de tout artisan dont le travail doit s'accomplir dans les règles de l'art, sinon on aborde aux rives du bricolage.
Tout comme un enfant rebelle à la difficulté de la marche reste l'animal à quatre pattes que nous fûmes originellement.

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samedi 15 août 2009

C.F. Ramuz.

01037754921Céline affirmait —peut-être pour ce qu'il lui redevait dans l'émergence d'un style où l'écrit et le parlé tentent de se confondre— qu'il serait, avec lui, le romancier dont on lirait les œuvres au cours de ce XXIe siècle. Je ne sais si cette prédiction se réalisera, ce qui est certain en revanche, c'est qu'on n'entre pas dans l'univers de Ramuz sans éprouver nostalgie, attrait et découverte d'un monde aux personnages troublants. Par les images qu'il suscite du pays Vaudois, contrée rude, contrastée, et les personnages qu'il peint, âpres, cruels, naïfs aussi, il me rappelle Giono, moins flamboyant sans doute, plus intimiste, plus proche d'une réalité dont on se demande si elle ne désagrège pas encore, toujours, les êtres qui la vivent dans quelque recoin de nos montagnes, de nos vallées, mais aussi au cœur même de nos villes.
Il y a chez Ramuz d'abord une langue, travaillée, fondue dans le creuset de sa passion qui peut déconcerter de prime abord, précurseur d'une oralité qu'il voulait transcender pour la fusionner dans l'écrit, s'interrogeant sur la nécessité, l'emploi d'un terme, d'une expression, tel, par exemple cet "à cause que" qu'on ne rencontre plus guère, correct cependant —mais l'écrivain n'est-il pas aussi et surtout le forgeron des mots, n'en déplaisent aux puristes?— et qu'on retrouve chez les auteurs classiques. Tallemant des Réaux en fait un usage immodéré. Lorsqu'on aborde les premières lignes de ses romans l'écriture paraît simple, voire simpliste, mais trois lignes plus bas on est déjà dans l'histoire, on sent l'odeur de la terre ou le goût du potage du soir, on subodore la misère, le chagrin mais aussi les joies que vont vivre ceux qui s'animent sous la lecture, on pressent le mystique des combats que vont se livrer les personnages de ces multiples aventures qui s'étayent comme ceux d'une bible.
Car c'est également cela qui sous-tend l'œuvre de Ramuz, ce protestant nourrit d'étude biblique, foi qu'il abandonne pour l'agnosticisme, cette relation du divin avec le terrestre, dont quelques ouvrages, comme celui que je lis en ce moment, "Le Règne de l'esprit malin", font état de cette confrontation de la vie terrestre avec l'inexplicable, le mystère.
Les hommes étant pétris dans le malaxage des événements qui se succèdent, incompréhensibles à leur esprit irrationnel, les poussant jusqu'à la mort, jusqu'au crime.
Ramuz peint l'univers du petit peuple, villageois ou campagnard, dont les émotions, les actions, les troubles, l'amour, la haine, la jalousie vont bien au delà de ses montagnes natales, franchissant les limites de leur microcosme pour venir nous parler, nous émouvoir, nous étonner.
Nous ressembler parfois.

Ramuz - Romans - La Pléiade, tome I et II
 

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lundi 3 août 2009

Le livre du Graal.

9782070113446_1_75Je l'attendais depuis de longs mois. Le troisième tome du Livre du Graal est sorti fin mai dans la Bibliothèque de la Pléiade. Après avoir lu les deux premiers volumes des aventures d'Arthur et de ses chevaliers, me manquait comme une frustration la poursuite de cette quête du Graal par Perceval et Galaad suivant la dernière partie de celle de Lancelot.
C'est chose faite désormais et je dois dire, en complément des œuvres de Chrétien de Troyes dont il ne faut pas oublier qu'il fut l'origine de cette somptueuse saga, que tout ce qui fut écrit depuis, en terme d'aventure extraordinaire, fait pâle figure eu égard aux exploits des Chevaliers de la Table Ronde aidés en cela par une espèce de Deus ex machina venant toujours à propos guérir, réconforter ou sauver les preux s'entre-tuant.
Nos enfants qui se repaissent de "mangas" devraient à l'évidence y trouver leur bonheur de spectaculaire, de merveilleux et d'irréel avec en prime une leçon d'écriture dans la traduction en français moderne, quasi parfaite, de l'équipe dirigée par Daniel Poirion. Si le cœur leur en dit, ils pourront également lire le texte en vieux français puisque chaque page des trois tomes est partagée par les deux versions.
Il n'est pas utile de rappeler l'histoire du roi Arthur, ce jeune homme inconnu qui devient roi grâce à l'aide divine, seul capable de tirer l'épée Excalibur du bloc de pierre dans lequel elle était fichée. Le cinéma et diverses narrations ou bandes dessinées ont repris le thème de cette quête du Saint Graal qui a marqué les esprits du Moyen-Âge. Plus que tout, Cervantès, lecteur sans doute attentif du roman lors de sa captivité, a su modeler selon son imagination et son humour la chevauchée de ces hommes sans crainte dans son Don Quichotte.
Il n'est pas rare en effet, au cours de la lecture du Graal, de voir se superposer les images des héros respectifs de la légende sur celle du pauvre hidalgo, mises à part les tueries et autres massacres dignes des épopées les plus sanglantes. La mort, en ce temps-là, n'était pas perçue comme de nos jours, certains qu'ils étaient d'accéder, à travers elle, à la droite du père. Car on assiste à la messe, on communie et suit avec assiduité les différentes heures de prière avant de tuer sans vergogne. Il y a toujours une abbaye ou un ermitage proche pour y aller s'agenouiller.
Et les combats sont féroces, sans merci; les ruses nombreuses; les amours évoquées sans honte; mais la virginité, érigée en symbole, seule capable d'amener à son terme la quête du héros, est le fil rouge de ce roman, simple récit à l'origine, qui fut le best-seller, la nourriture spirituelle des esprits du Moyen-Âge.
On ne peut accéder à la finalité, au but de cette quête, que le corps vierge et l'âme pure, quand bien même le sang tacherait-il la main du héros qui ficha, en se brisant, la lance qu'elle tenait dans la chair de ceux qui osèrent s'opposer à l'œuvre qu'il devait accomplir.
Toute recherche, toute œuvre ne se peut concrétiser sans la totale abnégation de celui qui l'entreprend. En cela ce conte est d'une étonnante modernité.

Le Livre du Graal - tome III - La Pléiade - Gallimard - 65€

jeudi 21 mai 2009

Pierre Michon: "Les onze".

lesonze

"Les Onze" est un tableau imaginaire commandé par trois sans-culottes à l'un des peintres, tout aussi fictif, de l'atelier de David. Michon, de son écriture évocatrice, riche et d'une pureté rafraîchissante dans ce magma de parutions qui nous envahit désormais, nous fait pénétrer dans l'univers sombre de la Terreur où les machinations, car ce tableau en est une dont on comprendra la signification à la fin de ce court récit, vous conduisaient, sans en connaître toujours les raisons, vers la guillotine. Le Comité de Salut Public ravageait les têtes avant de ravager celles de ses membres.
Ce livre, Pierre Michon ne l'aurait probablement jamais écrit sans l'intervention de son éditeur. En gestation depuis une quinzaine d'années, il ne parvenait pas à renouer le dialogue avec ses personnages. Puis un jour, par la simple interversion d'un mot au sein d'une phrase, la musique a repris son rythme. On ressent bien, lorsqu'on aborde la seconde partie de l'œuvre, le déclic qui s'est produit. Dans une récente interview Michon le précise. Lorsque Proli demande à Corentin, ce peintre limousin dont la généalogie déroulée en première partie fait corps avec celle de l'auteur, s'il veut honorer une commande, il lui pose la question, mais si elle fut purement interrogative dans un premier temps, ce qui ne satisfaisait pas l'auteur, le travail inlassable de l'écrivain porta ses fruits lorsqu'il devina que cette demande devait être également un ordre.
A la première version, "veux-tu honorer une commande, citoyen peintre?", succéda celle qu'on lit désormais et qui permit à Pierre Michon de poursuivre: "Tu veux honorer une commande, citoyen peintre?"
Tout est là, une simple inversion, une infime correction et c'est l'engrenage qui reprend son mouvement pour aboutir à la création telle qu'on la souhaite, mêlant réalité et fiction, imposant à l'esprit une peinture des mœurs de cette époque trouble et cruelle, dessinant cette hydre à onze têtes jamais réunies et pourtant tant dépendantes les unes des autres. C'est ce qui fait la différence entre un auteur et les écrivaillons dont la prose ne captive nullement. Celle de Pierre Michon est à découvrir pour ceux qui ne le connaissent pas, à savourer pour ceux qui le lisent depuis longtemps. Auteur à part dans les lettres françaises, presque confidentiel, il est le garant de la pureté d'une langue dont la déliquescence, texto après texto, ne peut qu'émouvoir les amoureux de notre culture.

Editions Verdier: "Les onze"

jeudi 16 avril 2009

Druon, témoin d'une époque.

Que retiendra-t-on de Maurice Druon? Le chant des Partisans, sans aucun doute, qu'il écrivit à deux voix avec son oncle, Joseph Kessel, sur une musique d'Anna Marly. Quant au reste, une œuvre littéraire dont on se souviendra qu'elle fut —en tout cas pour "Les Rois Maudits", puisqu'il l'avouait lui-même avec élégance— en partie écrite avec l'aide de quelques auteurs, dont Edmonde Charles-Roux, mais qui le propulsa tout de même vers le Quai Conti où il devint secrétaire perpétuel de la docte assemblée. Classique jusqu'au bout de sa cigarette, il accepta mal l'arrivée de Marguerite Yourcenar —une femme à l'Académie! oui, mais quelle femme!— sachant cependant céder sa place à une autre, Hélène Carrère d'Encausse, faisant preuve de noblesse lorsque l'âge l'y contraignit, mais nullement l'obligation.
Ce que je retiendrai pour ma part, certes pas son attitude énergiquement conservatrice, mais tout d'abord la pureté de sa langue lorsqu'il s'exprimait. Peu savaient parler avec une telle aptitude à dire le mot juste, peu le peuvent de nos jours, avec en prime cette emphase qui rappelait celle de Sacha Guitry. Peut-être cette ascendance Russe.
Dans la banalité, la platitude de notre esthétique contemporaine, par son port vestimentaire, par son parler, par ses certitudes, par toute sa façon d'être, il tranchait et donnait l'image —désuète peut-être, ou plutôt archaïque aux yeux de certains— d'une originalité qu'on ne rencontre plus.
Je ne partageais pas, loin de là, ses opinions, hormis son intransigeance dans la défense de la langue et son refus de la féminisation absurde des mots, au nom d'une suprématie machiste comme le serinent quelques féministes écervelées. Il faut aussi, face à une trop grande désincarnation de la langue, un gardien du Temple dont la sévérité contribue à limiter les dérives incongrues, et savoir trouver le bon équilibre.
Il fut aussi cet enfant côtoyant Mermoz ou Saint-Exupéry de passage chez Kessel. Il fut cet officier de cavalerie chargeant, avec les cadets de Saumur ses frères d'arme, l'envahisseur Nazi. Il fut le patriote s'embarquant pour Londres où il devint l'aide de camp de d'Astier de la Vigerie. Ministre éphémère et peu brillant sous Pompidou, son intransigeante politique culturelle axée sur le passé et l'ordre lui vaudra les foudres des intellectuels de l'époque.
D'une jeunesse hardie, Druon va glisser vers une maturité plus conservatrice, voire réactionnaire.
Ce ne fut pas le dernier grand écrivain à disparaître. Il n'avait ni la puissance politique ni la stature littéraire d'un Malraux ou d'un Sartre. Eux furent sans doute les derniers représentants d'une race d'hommes qu'on ne reverra plus. Mais il était le témoin d'une époque révolue et à ce titre un hommage lui devait d'être rendu.
Je le fais en vous proposant le Chant des Partisans dans une version magnifique chantée par Marc Ogeret.




Le Chant des partisans (hommage 8 mai)

Puisque la vidéo a été supprimée, je ne sais pourquoi, je vous propose le Chœur de l'Armée Française interprétant ce Chant des Partisans.

Chant des partisans

lundi 23 février 2009

"La première vie" de B. Ruhaud.

375970Nanterre dans les années cinquante, la banlieue pauvre, ouvrière où le parti communiste affirme sa présence dans un combat de chaque jour mené par des hommes à l'espoir chevillé au corps. Bernard Ruhaud, dans son premier récit, nous la décrit cette banlieue de son enfance où malgré tout le bonheur ressemblait à ces photos de Doisneau d'enfants batifolant dans les rues.
Entre les manifs où il suivait son père, la distribution de l'Huma, les affiches à coller et la violence de l'époque, un visage se détache, celui de sa mère, toujours présente et dont la mort évoquée clôt l'ouvrage. L'écriture est simple, brute, sans fioritures, comme l'étaient ces années d'après guerre où tout était à reconstruire, même l'espérance.
J'ai lu "La Première Vie" au moment de sa sortie, il y a une dizaine d'années, et si j'en parle aujourd'hui, c'est que l'actualité nous y ramène dans cet épisode tragico-comique écrit stupidement par la police verbalisant Lounis Ibadioune, militant communiste vendant l'Humanité-Dimanche sur un marché de la Goutte d'Or.
Les flics, toujours, auront une tendance maladive à ne pas réfléchir, tout comme hier ils bastonnaient dans le quartier de Nanterre.
Bernard Ruhaud est aussi un délicieux poète. "Strictement pour Josiane" est un recueil d'une cinquantaine de poèmes dédiés à son épouse. Chaque mot est un aveu d'amour.
                                  "Le chemin — c'est pareil
                                Il se perd dans la montagne
                              Comme le matin dans tes yeux."

"La Première vie" , B. Ruhaud, Stock, 12,04€
"Strictement pour Josiane", B. Ruhaud, Rumeur des Ages, 7,50€

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samedi 20 décembre 2008

Javert content?

JavertQue les éditions Plon se réjouissent, avec leur avocat, du grand succès obtenu auprès de la cour d'appel de Paris qui n'a pas donné raison à la famille de Victor Hugo, se comprend aisément. Plon va pouvoir vendre ses bouquins.
En revanche, en arriver au stade de devoir s'amarrer aux chefs d'œuvre de la littérature pour trouver de quoi noircir du papier, a quelque chose d'inquiétant quant à la santé de la dite littérature. Que de plus un auteur se prête à ce jeu me met mal à l'aise, même si je sais qu'on peut recruter des hommes de main pour les actions les plus généreuses comme les plus viles. S'il se fût agi d'un essai, d'une analyse, d'une thèse, passe encore, mais en l'occurrence c'est de romans dont on veut nous faire croire qu'ils sont la suite imaginée des Misérables.
Dès lors quel intérêt? Lorsque Victor Hugo a mis le point final à son œuvre, il avait écrit tout ce qu'il voulait dire et point n'était besoin d'y revenir, l'imagination de chaque lecteur faisant le reste. Ce qui est le propre de tout ouvrage qu'on referme, le mot fin permettant le libre cours de la pensée sans l'interférence de celle d'un autre dont on n'a que faire, ou d'en discuter entre amis dans un salon littéraire.
Que François Cérésa puisse imaginer la résurrection de Javert, après tout c'est son affaire, mais pas forcément celle d'un autre qui aura mieux compris le thème de la rédemption dans la pensée hugolienne s'exprimant dans la mort de l'inspecteur. Développer l'inverse c'est raisonner comme un potache plus avide de bandes dessinées que d'exégèse littéraire.
Après tout, s'il me prend l'envie d'écrire un prolongement, selon mon imagination, d'un ouvrage quelconque pour exprimer ma pensée, libre à moi, comme à quiconque d'ailleurs, mais sans cette outrecuidance de m'accoler à l'auteur, d'accrocher mon nom au sien comme un mollusque sur son rocher. Car de deux choses l'une, ou j'en espère publicité et retombée financière, et je m'en prévaux sans honte, ou je me dévalorise en tant qu'auteur, me présentant pompeusement ainsi, devenu météorite happée par la gravitation se désintégrant dans l'espace.
Que Cérésa intitulât ses bouquins, "Cosette, ou le temps des illusions" et "Marius ou le fugitif", en précisant qu'il s'agissait d'une libre interprétation, ou d'une fantaisie de sa part, eût été, à la rigueur, admissible, mais qu'il le fasse avec un bandeau annonçant "La suite des Misérables" est inconvenant et faussement racoleur.
Il n'y a et il n'y aura jamais de suite à aucun roman d'un auteur disparu. Il ne peut y avoir, dans ces circonstances, que bimbeloterie à usage de camelot grugeant le gogo.
Or on connaît le sort de ces babioles achetées sous la foi des boniments. Elles finissent dans un coin de grenier, oubliées de tous, car inutiles.

Paperblog

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vendredi 10 octobre 2008

Le Clézio le quatorzième.

9782070122837Obtenir un prix littéraire, c'est bien sûr une récompense, mais avant tout une reconnaissance de la part de ses pairs ou de ses lecteurs, selon ceux qui le décernent. Le Nobel c'est autre chose, c'est la révérence, la prosternation du monde envers celui ou celle qui sut, par son travail et son talent, offrir à l'humanité une part de lui-même, le rêve qui se prolonge au travers de ses mots. Au-delà d'une consécration, cette banalité ressassée, cet enterrement du vivant, cette agonie qui débute, le Nobel est la marque de l'émerveillement, de l'admiration, de la préférence, de l'estime.
Depuis sa création en 1901, rares furent les piliers de notre littérature, pourtant si riche et si féconde, à venir enrichir ce naos. Et pourtant, tout débuta dans l'extase puisque ce fut un poète, Sully Prud'homme, qui obtint le premier Nobel de littérature. Puis ce furent Mistral et Romain Rolland, Anatole France dont la langue est une source claire, Bergson et Roger Martin du Gard qu'il faut lire, absolument, pour savoir vraiment ce que c'est qu'écrire, Gide et Mauriac, mes premières lectures, mes premiers livres, sans aucun doute mes premiers frissons, mes primes tourments; vint ensuite Camus qui sut m'apprendre à m'interroger puis St-John Perse, un autre poète, enfin, aux vers amples et souples comme une danse marine. Sartre, dont je ne comprends toujours pas le refus, le Nobel n'étant pas une consécration, un hommage, mais un salut fraternel, Sartre qui m'apprit certainement avec quelques autres à me révolter. Puis il fallut attendre une vingtaine d'années, à croire que la littérature française n'existait plus, déclinait, sombrait dans le néant du banal, pataugeait dans une recherche incertaine d'identité. Et pourtant! Oeuvraient dans cette ombre quelques intransigeants du langage dont Claude Simon, parfois difficile à lire tant se mêle, s'entrechoque son vécu à son imaginaire. Quinze ans encore avant que ne fut décerné le prix à Gao Xingjian, dont, à ma honte infinie, j'avoue n'avoir rien lu de lui mais sachant tout de même qu'il quitta sa Chine natale après y avoir connu la prison à cause que sa pensée était jugée subversive et trop libre.
Et aujourd'hui Le Clézio, dont la vie est un voyage et l'on sait bien que tous les voyageurs, les vrais, ont un coeur aussi grand que l'Océan où se croisent tous les peuples du monde.
Une amie me disait l'autre jour, bien avant que son nom circulât pour le Nobel, qu'il était son écrivain préféré. Comme elle avait raison.   

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samedi 9 août 2008

Mahmoud Darwich

M_DarwichA l'heure où le premier scribouillard venu se permet quelques mots hâtifs, croyant en cela pénétrer l'univers espéré du panthéon littéraire, à l'heure où des pigistes fraîchement émoulus d'une école de journalisme se sentent d'humeur rousseauiste, partageant d'un auteur le seul papier blanc qu'ils vont maculer de leur histoire insipide n'ayant de commun avec une confession que le titre pompeux, à l'heure où quelques folliculaires vont gaspiller des feuilles collées entre elles pour n'encombrer que les rayons poussiéreux des libraires que nul n'aborde, à l'heure où quelques prétentieux profitant de leur poste à la tête d'une rédaction pour essaimer, modernes camelots, de multiples messages vantant ce qu'ils osent appeler une oeuvre, j'apprends qu'un poète, un homme rare en ces temps de barbarie et d'inconséquence, se bat contre la mort après une troisième opération du coeur.

Mahmoud Darwich, poète palestinien à l'oeuvre considérable, est né en 1941 à Al-Birwah, en Galilée. A l'époque en Palestine, aujourd'hui en Israël où il a grandi. Fuyant au Liban, sa famille revient clandestinement pour découvrir les ruines du village sur lesquelles s'est installée une colonie juive.

Plus tard, rejoignant le parti communiste israélien, il sera emprisonné pour ses écrits. En 1970 il s'exile au Caire, à Beyrouth en 1973. A partir de 1982, suite au bombardement de Beyrouth par l'armée israélienne, il repart, pérégrin rêveur, pour Le Caire, Tunis et Paris. Elu au comité exécutif de l'OLP, il quittera cette organisation en protestation de négociations qui n'ont pas son aval, préférant "une paix, mais une paix juste".

A Paris jusqu'en 1995, il obtient l'autorisation de l'Etat Hébreu de retourner en Palestine voir sa mère quelques jours, puis enfin de s'installer à Ramallah.

Aujourd'hui, Mahmoud Darwich est sous assistance respiratoire dans un hôpital de Houston après une intervention à coeur ouvert.

Ce coeur qui battait si vigoureusement pour la paix et la sérénité de deux Etats frères, ne s'opposant pas à l'existence d'Israël, mais réclamant l'indépendance de Gaza et de la Cisjordanie, ce coeur n'est plus qu'une rose qui lentement s'étiole.

"Adieu à ce qui adviendra sous peu... adieu,
Adieu à ce qu'apporteront les lieux.
Ma nuit s'est confondue dans la nuit, mon sable dans le sable
     et mon coeur n'est plus bien public.
Adieu à celle que j'aurai pour pays, à celle qui sera ma perdition.
Je saurai comment je rêverai bientôt et comment rêver dans un an.
Je saurai ce qui adviendra dans la danse de l'épée et du lis,
Comment le masque m'ôtera le masque.
Dois-je voler ma vie pour vivre d'autres minutes, quelques minutes entre
     labyrinthes et minaret.
Assister à l'apocalypse dans la cérémonie des devins
Et savoir ce que déjà je savais? J'ai vu... j'ai vu l'adieu."

Plus rares sont les roses - "Adieu à ce qui adviendra"

En l'an 2000 le ministre israélien de l'éducation demanda que ses poèmes soient étudiés dans les programmes scolaires de son pays. Le premier ministre de l'époque s'y opposa, prétextant qu'Israël n'était pas encore prêt.

Dernière minute: Mahmoud Darwich vient de mourir ce samedi. Les roses pleurent et se raréfient.

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jeudi 3 juillet 2008

Bernard Giraudeau le Magnifique.

IMG_1110Il m'a surpris le bougre! Depuis le temps que j'entends dire de lui qu'il est beau, qu'il a du charme, du talent, enfin qu'il a tout et ce, de mes plus proches, je dirai de celle qui m'est la plus proche depuis qu'elle a lu "Les Hommes à terre", la soupçonnant toutefois d'admiration antérieure, il commençait à m'exaspérer mon compatriote de La Rochelle. Qu'il fasse l'acteur, passe encore me disais-je, mais qu'il écrive dépasse mon entendement, tout s'inscrivant dans mon esprit comme si celui qui donne vie aux créations d'un auteur ne pouvait, ne devait, en aucun cas traverser le miroir.

Giraudeau l'a fait, et avec talent dois-je avouer. En feuilletant son dernier roman l'écriture m'a conquis et suis reparti avec le bouquin dans la main. Il y a du Conrad là-dedans me suis-je dit, et ça doit valoir la peine de passer une couple d'heures avec lui pour faire la connaissance de ses Dames de nage.

Je vais vous faire un aveu, j'ai connu Amélie, l'amour, le premier amour de l'enfant, ce Marc héros du livre qui ressemble tant à celui que j'ai croisé lorsque nous habitions à quelques pas l'un de l'autre dans le même quartier de La Rochelle, près du Vélodrome. J'en fus amoureux, tout comme lui. Il a connu cette chance de la retrouver plus tard et de vivre avec elle quelques mois de bonheur. Mais peut-on durablement construire une vie sur un souvenir d'enfance? Du moins permet-il de partir à la recherche de sa jeunesse, de fouiller son âme, de dire son angoisse mais aussi son espoir.

L'histoire n'est pas chronologique, ni même apparemment la sienne -mais est-ce si sûr?. C'est l'imbrication des histoires de Marc, Michel et Diégo, tous trois amoureux de Jo avec qui ils vivent ensemble un moment. Le départ de Jo pour l'Afrique, la mort de Michel, emporté par le vent du désert et le dévouement de Diégo, ce chanteur chilien qui, pour l'amour d'une femme, s'exile dans l'immensité des Andes pour la rejoindre. Mais ces trois là ne sont-ils pas qu'un? Unique souci, trinité rédemptrice, osmose des espoirs, des regrets et des joies de Bernard Giraudeau?  Ce sont aussi d'autres aventures, d'autres histoires d'amour vécues par des hommes et des femmes rapportées au narrateur, Marc ce cinéaste dont le regard ne peut être que bleu, et qui nous les retrace à son tour avec poésie, tendresse, humanité. Parfois le langage y est violent, cru, mais la vie d'un matelot, même si elle ne fut que de deux ans, ne l'est pas moins.

C'est surtout la vie de Marc, un demi-siècle d'existence, de l'enfant qui rêvait de lointains magnifiques, de découvertes, de rencontres, à l'homme éperdu d'amour, de la première femme qu'il pénètre, gauche et tremblant, à celle qu'il retrouve. De toutes ces femmes qu'il a aimé, voluptueusement ou maladroitement, dans des draps de soie ou derrière un container. Ysé qui se donne à lui en pleurant son amant, la jeune tahitienne si tendre et qu'il ne peut posséder, Marguerite la vieille femme aux seuls bonjours derrière une vitre et qui meurt seule, Marcia, ce travesti dont le but est d'être femme. Toutes ces femmes qui lui ont tendu la main pour l'aider ou pour être secourues, à la fois mères et amantes, ces filles qu'on embrasse, qu'on baise ou qu'on aime, ce sont les dames de nage comme une bouée salvatrice, rencontrées au hasard, sous les arcades sombres d'une rue pavée de La Rochelle ou dans le décor flamboyant de l'Afrique ou de l'Amérique du Sud.

On ne raconte pas un livre, on l'écrit ou on le lit. Que ce livre soit réalité ou imagination. Et les mots qu'ils contient, stères de paroles, nous réchauffent ou nous rebutent, nous émeuvent ou nous indifférent. Bernard Giraudeau sait les assembler après les avoir recueillis, gemmeur attentionné incisant l'écorce protectrice, pour nous offrir ces visages splendides d'hommes et de femmes dont il est assurément le frère en humanité.

Bernard Giraudeau "Les Dames de nage"  Métailié, 6,50€ (col. Points)

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