Le Plumier

Au gré de ma fantaisie

mercredi 22 avril 2009

La Bibliothèque numérique mondiale.

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La BNF y est peu représentée puisque pour le moment seuls huit documents sont accessibles. Mais l'avenir, que l'on souhaite florissant à la Bibliothèque numérique mondiale (BNM) lancée hier mardi par l'Unesco, devrait apporter son lot de manuscrits, photos et autres trésors qui sont la mémoire de l'humanité, au fur et à mesure de son évolution.
Ce n'est pas une encyclopédie, un dictionnaire, mais une sorte de médiathèque universelle où d'un simple clic chacun accède à ce qu'il n'aurait sans doute jamais connu sans cette fantastique ouverture sur le monde qu'offre internet. A moins d'acquérir une multitude d'ouvrages —dont on sait qu'ils demeurent indispensables— colligeant ces documents, ou d'aller, pérégrin assoiffé de découvertes, de musées en bibliothèques compulser, lorsque c'est accessible, les œuvres des hommes de 8000 avant notre ère jusqu'à nos jours.
Le site s'ouvre sur une planisphère répertoriant le nombre des "objets" afférents aux continents et sous continents. Il suffit de se positionner sur l'un d'eux et de presser la souris pour accéder à l'ensemble des documents offerts pour le lieu considéré puis de choisir.
Sous la carte, une échelle du temps modifie les choix, allant de -8000 à +1950.
Une autre possibilité permet de naviguer selon ce que l'on privilégie, le lieu, la période, le thème etc...
A l'heure actuelle la BNM contient environ 1500 documents, loin derrière Google et sa numérisation de livres. Mais le but n'est pas identique, privilégiant la qualité à la quantité, le site offre les éléments qui ont fait l'histoire des hommes et le patrimoine de l'humanité. C'est ainsi que j'ai pu admirer le livre d'heures, prières en latin destinées aux laïcs diffusées à la fin de l'époque médiévale, issu des ateliers de Geoffroy Tory, graveur parisien du début des années 1500, mais aussi grammairien. Imprimeur du roi grâce à François 1 er, il eut pour apprenti Claude Garamond dont le nom perdure dans les caractères d'imprimerie utilisés par l'édition.
Bien évidemment on préférerait avoir entre ses mains l'original, mais peut-on imaginer  tel scénario, avec la certitude de voir l'œuvre se détruire inexorablement sous l'usure des caresses, pourtant amoureuses.
Nous vivons une époque magnifique où tout devient accessible, à portée d'un clic, où le savoir, la connaissance, la découverte, s'ouvrent au plus grand nombre grâce au développement d'une communication totalement éclatée et pas si virtuelle que cela. Il suffit d'enregistrer, d'imprimer pour détenir l'enregistrement d'une Marseillaise datant de 1898 ou la copie d'un incunable.
Pour parfaire l'ensemble, ce site est entièrement gratuit, publié en plusieurs langues, dont le français bien évidemment, et d'une richesse qui ne demande qu'à grandir. A l'abri des législateurs de tout acabit à qui l'on demande d'aller légiférer au large, n'ayant pas compris que ce que l'on découvre sur un écran incite aussi un esprit curieux à se déplacer vers le musée, la bibliothèque, le libraire, le disquaire, la salle obscure où il pourra venir admirer ce qui l'a fait rêver.

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jeudi 16 avril 2009

Druon, témoin d'une époque.

Que retiendra-t-on de Maurice Druon? Le chant des Partisans, sans aucun doute, qu'il écrivit à deux voix avec son oncle, Joseph Kessel, sur une musique d'Anna Marly. Quant au reste, une œuvre littéraire dont on se souviendra qu'elle fut —en tout cas pour "Les Rois Maudits", puisqu'il l'avouait lui-même avec élégance— en partie écrite avec l'aide de quelques auteurs, dont Edmonde Charles-Roux, mais qui le propulsa tout de même vers le Quai Conti où il devint secrétaire perpétuel de la docte assemblée. Classique jusqu'au bout de sa cigarette, il accepta mal l'arrivée de Marguerite Yourcenar —une femme à l'Académie! oui, mais quelle femme!— sachant cependant céder sa place à une autre, Hélène Carrère d'Encausse, faisant preuve de noblesse lorsque l'âge l'y contraignit, mais nullement l'obligation.
Ce que je retiendrai pour ma part, certes pas son attitude énergiquement conservatrice, mais tout d'abord la pureté de sa langue lorsqu'il s'exprimait. Peu savaient parler avec une telle aptitude à dire le mot juste, peu le peuvent de nos jours, avec en prime cette emphase qui rappelait celle de Sacha Guitry. Peut-être cette ascendance Russe.
Dans la banalité, la platitude de notre esthétique contemporaine, par son port vestimentaire, par son parler, par ses certitudes, par toute sa façon d'être, il tranchait et donnait l'image —désuète peut-être, ou plutôt archaïque aux yeux de certains— d'une originalité qu'on ne rencontre plus.
Je ne partageais pas, loin de là, ses opinions, hormis son intransigeance dans la défense de la langue et son refus de la féminisation absurde des mots, au nom d'une suprématie machiste comme le serinent quelques féministes écervelées. Il faut aussi, face à une trop grande désincarnation de la langue, un gardien du Temple dont la sévérité contribue à limiter les dérives incongrues, et savoir trouver le bon équilibre.
Il fut aussi cet enfant côtoyant Mermoz ou Saint-Exupéry de passage chez Kessel. Il fut cet officier de cavalerie chargeant, avec les cadets de Saumur ses frères d'arme, l'envahisseur Nazi. Il fut le patriote s'embarquant pour Londres où il devint l'aide de camp de d'Astier de la Vigerie. Ministre éphémère et peu brillant sous Pompidou, son intransigeante politique culturelle axée sur le passé et l'ordre lui vaudra les foudres des intellectuels de l'époque.
D'une jeunesse hardie, Druon va glisser vers une maturité plus conservatrice, voire réactionnaire.
Ce ne fut pas le dernier grand écrivain à disparaître. Il n'avait ni la puissance politique ni la stature littéraire d'un Malraux ou d'un Sartre. Eux furent sans doute les derniers représentants d'une race d'hommes qu'on ne reverra plus. Mais il était le témoin d'une époque révolue et à ce titre un hommage lui devait d'être rendu.
Je le fais en vous proposant le Chant des Partisans dans une version magnifique chantée par Marc Ogeret.




Le Chant des partisans (hommage 8 mai)

Puisque la vidéo a été supprimée, je ne sais pourquoi, je vous propose le Chœur de l'Armée Française interprétant ce Chant des Partisans.

Chant des partisans

lundi 23 février 2009

"La première vie" de B. Ruhaud.

375970Nanterre dans les années cinquante, la banlieue pauvre, ouvrière où le parti communiste affirme sa présence dans un combat de chaque jour mené par des hommes à l'espoir chevillé au corps. Bernard Ruhaud, dans son premier récit, nous la décrit cette banlieue de son enfance où malgré tout le bonheur ressemblait à ces photos de Doisneau d'enfants batifolant dans les rues.
Entre les manifs où il suivait son père, la distribution de l'Huma, les affiches à coller et la violence de l'époque, un visage se détache, celui de sa mère, toujours présente et dont la mort évoquée clôt l'ouvrage. L'écriture est simple, brute, sans fioritures, comme l'étaient ces années d'après guerre où tout était à reconstruire, même l'espérance.
J'ai lu "La Première Vie" au moment de sa sortie, il y a une dizaine d'années, et si j'en parle aujourd'hui, c'est que l'actualité nous y ramène dans cet épisode tragico-comique écrit stupidement par la police verbalisant Lounis Ibadioune, militant communiste vendant l'Humanité-Dimanche sur un marché de la Goutte d'Or.
Les flics, toujours, auront une tendance maladive à ne pas réfléchir, tout comme hier ils bastonnaient dans le quartier de Nanterre.
Bernard Ruhaud est aussi un délicieux poète. "Strictement pour Josiane" est un recueil d'une cinquantaine de poèmes dédiés à son épouse. Chaque mot est un aveu d'amour.
                                  "Le chemin — c'est pareil
                                Il se perd dans la montagne
                              Comme le matin dans tes yeux."

"La Première vie" , B. Ruhaud, Stock, 12,04€
"Strictement pour Josiane", B. Ruhaud, Rumeur des Ages, 7,50€

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mardi 20 janvier 2009

P.H. SIMON et la littérature.


J’ai rencontré Pierre-Henri SIMON aux alentours de mes vingt ans, cinq ou six ans avant son décès. Nous avions parlé de MAURIAC, qu’il admirait, que je vénérais. Je ne sais s’il fut aise de discourir d’un autre plutôt que de lui et de son œuvre, que je ne connaissais pratiquement pas à l’époque, mais la profonde humanité qui émanait de cet homme me convainquit qu’il n’en prît ombrage. Il me souvient aussi d’une certaine lassitude dans son regard, qui disparut lorsque nous évoquâmes quelques secondes ses sœurs, amies de ma grand-mère paternelle, qui l’encensaient comme une icône dans leur demeure saintaise. Nous les nommions “les demoiselles”.
Cet écrivain, intellectuel catholique engagé, qui fut un des premiers et des rares à combattre la torture en Algérie, parle ici de la littérature d’après les années cinquante. Rien n’a guère changé, et comme le préconise SOLLERS, lisez les classiques, car dans ce fatras de parutions dont on nous abreuve à longueur de semaine, combien d'auteurs se distinguent de l'uniformité et de la platitude du langage?

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samedi 20 décembre 2008

Javert content?

JavertQue les éditions Plon se réjouissent, avec leur avocat, du grand succès obtenu auprès de la cour d'appel de Paris qui n'a pas donné raison à la famille de Victor Hugo, se comprend aisément. Plon va pouvoir vendre ses bouquins.
En revanche, en arriver au stade de devoir s'amarrer aux chefs d'œuvre de la littérature pour trouver de quoi noircir du papier, a quelque chose d'inquiétant quant à la santé de la dite littérature. Que de plus un auteur se prête à ce jeu me met mal à l'aise, même si je sais qu'on peut recruter des hommes de main pour les actions les plus généreuses comme les plus viles. S'il se fût agi d'un essai, d'une analyse, d'une thèse, passe encore, mais en l'occurrence c'est de romans dont on veut nous faire croire qu'ils sont la suite imaginée des Misérables.
Dès lors quel intérêt? Lorsque Victor Hugo a mis le point final à son œuvre, il avait écrit tout ce qu'il voulait dire et point n'était besoin d'y revenir, l'imagination de chaque lecteur faisant le reste. Ce qui est le propre de tout ouvrage qu'on referme, le mot fin permettant le libre cours de la pensée sans l'interférence de celle d'un autre dont on n'a que faire, ou d'en discuter entre amis dans un salon littéraire.
Que François Cérésa puisse imaginer la résurrection de Javert, après tout c'est son affaire, mais pas forcément celle d'un autre qui aura mieux compris le thème de la rédemption dans la pensée hugolienne s'exprimant dans la mort de l'inspecteur. Développer l'inverse c'est raisonner comme un potache plus avide de bandes dessinées que d'exégèse littéraire.
Après tout, s'il me prend l'envie d'écrire un prolongement, selon mon imagination, d'un ouvrage quelconque pour exprimer ma pensée, libre à moi, comme à quiconque d'ailleurs, mais sans cette outrecuidance de m'accoler à l'auteur, d'accrocher mon nom au sien comme un mollusque sur son rocher. Car de deux choses l'une, ou j'en espère publicité et retombée financière, et je m'en prévaux sans honte, ou je me dévalorise en tant qu'auteur, me présentant pompeusement ainsi, devenu météorite happée par la gravitation se désintégrant dans l'espace.
Que Cérésa intitulât ses bouquins, "Cosette, ou le temps des illusions" et "Marius ou le fugitif", en précisant qu'il s'agissait d'une libre interprétation, ou d'une fantaisie de sa part, eût été, à la rigueur, admissible, mais qu'il le fasse avec un bandeau annonçant "La suite des Misérables" est inconvenant et faussement racoleur.
Il n'y a et il n'y aura jamais de suite à aucun roman d'un auteur disparu. Il ne peut y avoir, dans ces circonstances, que bimbeloterie à usage de camelot grugeant le gogo.
Or on connaît le sort de ces babioles achetées sous la foi des boniments. Elles finissent dans un coin de grenier, oubliées de tous, car inutiles.

Paperblog

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mercredi 3 décembre 2008

Sabine Sicaud

accueilJe connaissais quelques fragments des poèmes de Sabine Sicaud, "l'enfant-poète" comme la nomme Robert Sabatier dans sa monumentale histoire de la poésie française où je la découvris. D'emblée j'avais aimé ces vers au charme printanier, puis nostalgiques et douloureux à la progression de la maladie qui devait l'emporter à l'âge de quinze ans. Nulle trace de ses ouvrages, nulle part; alors l'oubli peu à peu s'était installé, regrettant de ne pouvoir aller plus avant dans la découverte de cette enfant dont la prodigieuse maturité l'aurait conviée dans le cénacle des plus grands.
Puis hier soir, et c'est la fantastique prouesse d'internet, parmi les blogues du journal Sud-Ouest, je la rencontrai à nouveau. Sous l'impulsion de Michelle Corti (Marcek ou coquelinette), un de ses amis québécois, Guy Rancourt, a crée un site qui lui est totalement consacré.
Sabine Sicaud est née à Villeneuve-sur-Lot. Dès l'âge de neuf ans elle écrit son premier poème. Pendant six ans, six petites années, elle continuera de marquer de son écriture juvénile ses carnets de poèmes, jusqu'à l'âge de quinze ans où la maladie l'emportera.
Je ne développerai pas plus avant sa brève existence; vous la découvrirez sur le site qui contient l'intégralité de son œuvre connue ainsi que sa biographie. Un de ses volumes, publié de son vivant, fut préfacé par Anna de Noailles.
Mais plus que de vous parler de son œuvre, je vous incite à la découvrir par vous-même. Vraiment, oui vraiment, elle honore la poésie, la littérature, de notre pays. De Marie de France jusqu'à nos jours, elle est l'un de ces diamants d'un collier ininterrompu lové dans l'écrin de notre langue.
Quelques poèmes, extraits du site ou de l'anthologie de Robert Sabatier, pour vous convaincre que la beauté de son regard vous subjuguera.

QUE M'IMPORTE LA  COQUE DE TON ÂME.

Et que m'importe la coque de ton âme,
qu'elle soit jeune ou vieille, épaisse ou fine;
que l'on t'appelle un homme ou une femme,
que tu sois une cloche, un gong ou le grelot
d'une source invisible,
j'entendrai bien le son.



HEURE DU PLATANE

Sentez-vous cette odeur, cette odeur fauve et rousse
de beau cuir neuf, chauffé par l'automne qui flambe?

Tous les cuirs du Levant sont là, venus ensemble
de souks lointains saturés d'ambre et de santal.
Des huiles et des gommes d'or les éclaboussent.



SOUFFRANCE, JE VOUS HAIS.

Je vous hais...
Vous êtes lâche, injuste, criminelle, prête
          Aux pires trahisons! je sais
Que vous serez mon ennemie infatigable
Désormais... Désormais, puisqu'il ne se peut pas
Que le plus tendre parc embaumé de lilas,
Le plus secret chemin d'herbe folle ou de sable
Permette de vous fuir et de vous oublier.


S'est éteinte cette voix d'enfant en 1928. Elle n'avait que quinze ans.

Le site de Sabine Sicaud
Coquelinette
Michelle Corti

La photo de Sabine Sicaud est tirée du site de Guy Rancourt, qui me pardonnera de la lui avoir empruntée.

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vendredi 10 octobre 2008

Le Clézio le quatorzième.

9782070122837Obtenir un prix littéraire, c'est bien sûr une récompense, mais avant tout une reconnaissance de la part de ses pairs ou de ses lecteurs, selon ceux qui le décernent. Le Nobel c'est autre chose, c'est la révérence, la prosternation du monde envers celui ou celle qui sut, par son travail et son talent, offrir à l'humanité une part de lui-même, le rêve qui se prolonge au travers de ses mots. Au-delà d'une consécration, cette banalité ressassée, cet enterrement du vivant, cette agonie qui débute, le Nobel est la marque de l'émerveillement, de l'admiration, de la préférence, de l'estime.
Depuis sa création en 1901, rares furent les piliers de notre littérature, pourtant si riche et si féconde, à venir enrichir ce naos. Et pourtant, tout débuta dans l'extase puisque ce fut un poète, Sully Prud'homme, qui obtint le premier Nobel de littérature. Puis ce furent Mistral et Romain Rolland, Anatole France dont la langue est une source claire, Bergson et Roger Martin du Gard qu'il faut lire, absolument, pour savoir vraiment ce que c'est qu'écrire, Gide et Mauriac, mes premières lectures, mes premiers livres, sans aucun doute mes premiers frissons, mes primes tourments; vint ensuite Camus qui sut m'apprendre à m'interroger puis St-John Perse, un autre poète, enfin, aux vers amples et souples comme une danse marine. Sartre, dont je ne comprends toujours pas le refus, le Nobel n'étant pas une consécration, un hommage, mais un salut fraternel, Sartre qui m'apprit certainement avec quelques autres à me révolter. Puis il fallut attendre une vingtaine d'années, à croire que la littérature française n'existait plus, déclinait, sombrait dans le néant du banal, pataugeait dans une recherche incertaine d'identité. Et pourtant! Oeuvraient dans cette ombre quelques intransigeants du langage dont Claude Simon, parfois difficile à lire tant se mêle, s'entrechoque son vécu à son imaginaire. Quinze ans encore avant que ne fut décerné le prix à Gao Xingjian, dont, à ma honte infinie, j'avoue n'avoir rien lu de lui mais sachant tout de même qu'il quitta sa Chine natale après y avoir connu la prison à cause que sa pensée était jugée subversive et trop libre.
Et aujourd'hui Le Clézio, dont la vie est un voyage et l'on sait bien que tous les voyageurs, les vrais, ont un coeur aussi grand que l'Océan où se croisent tous les peuples du monde.
Une amie me disait l'autre jour, bien avant que son nom circulât pour le Nobel, qu'il était son écrivain préféré. Comme elle avait raison.   

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samedi 9 août 2008

Mahmoud Darwich

M_DarwichA l'heure où le premier scribouillard venu se permet quelques mots hâtifs, croyant en cela pénétrer l'univers espéré du panthéon littéraire, à l'heure où des pigistes fraîchement émoulus d'une école de journalisme se sentent d'humeur rousseauiste, partageant d'un auteur le seul papier blanc qu'ils vont maculer de leur histoire insipide n'ayant de commun avec une confession que le titre pompeux, à l'heure où quelques folliculaires vont gaspiller des feuilles collées entre elles pour n'encombrer que les rayons poussiéreux des libraires que nul n'aborde, à l'heure où quelques prétentieux profitant de leur poste à la tête d'une rédaction pour essaimer, modernes camelots, de multiples messages vantant ce qu'ils osent appeler une oeuvre, j'apprends qu'un poète, un homme rare en ces temps de barbarie et d'inconséquence, se bat contre la mort après une troisième opération du coeur.

Mahmoud Darwich, poète palestinien à l'oeuvre considérable, est né en 1941 à Al-Birwah, en Galilée. A l'époque en Palestine, aujourd'hui en Israël où il a grandi. Fuyant au Liban, sa famille revient clandestinement pour découvrir les ruines du village sur lesquelles s'est installée une colonie juive.

Plus tard, rejoignant le parti communiste israélien, il sera emprisonné pour ses écrits. En 1970 il s'exile au Caire, à Beyrouth en 1973. A partir de 1982, suite au bombardement de Beyrouth par l'armée israélienne, il repart, pérégrin rêveur, pour Le Caire, Tunis et Paris. Elu au comité exécutif de l'OLP, il quittera cette organisation en protestation de négociations qui n'ont pas son aval, préférant "une paix, mais une paix juste".

A Paris jusqu'en 1995, il obtient l'autorisation de l'Etat Hébreu de retourner en Palestine voir sa mère quelques jours, puis enfin de s'installer à Ramallah.

Aujourd'hui, Mahmoud Darwich est sous assistance respiratoire dans un hôpital de Houston après une intervention à coeur ouvert.

Ce coeur qui battait si vigoureusement pour la paix et la sérénité de deux Etats frères, ne s'opposant pas à l'existence d'Israël, mais réclamant l'indépendance de Gaza et de la Cisjordanie, ce coeur n'est plus qu'une rose qui lentement s'étiole.

"Adieu à ce qui adviendra sous peu... adieu,
Adieu à ce qu'apporteront les lieux.
Ma nuit s'est confondue dans la nuit, mon sable dans le sable
     et mon coeur n'est plus bien public.
Adieu à celle que j'aurai pour pays, à celle qui sera ma perdition.
Je saurai comment je rêverai bientôt et comment rêver dans un an.
Je saurai ce qui adviendra dans la danse de l'épée et du lis,
Comment le masque m'ôtera le masque.
Dois-je voler ma vie pour vivre d'autres minutes, quelques minutes entre
     labyrinthes et minaret.
Assister à l'apocalypse dans la cérémonie des devins
Et savoir ce que déjà je savais? J'ai vu... j'ai vu l'adieu."

Plus rares sont les roses - "Adieu à ce qui adviendra"

En l'an 2000 le ministre israélien de l'éducation demanda que ses poèmes soient étudiés dans les programmes scolaires de son pays. Le premier ministre de l'époque s'y opposa, prétextant qu'Israël n'était pas encore prêt.

Dernière minute: Mahmoud Darwich vient de mourir ce samedi. Les roses pleurent et se raréfient.

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jeudi 3 juillet 2008

Bernard Giraudeau le Magnifique.

IMG_1110Il m'a surpris le bougre! Depuis le temps que j'entends dire de lui qu'il est beau, qu'il a du charme, du talent, enfin qu'il a tout et ce, de mes plus proches, je dirai de celle qui m'est la plus proche depuis qu'elle a lu "Les Hommes à terre", la soupçonnant toutefois d'admiration antérieure, il commençait à m'exaspérer mon compatriote de La Rochelle. Qu'il fasse l'acteur, passe encore me disais-je, mais qu'il écrive dépasse mon entendement, tout s'inscrivant dans mon esprit comme si celui qui donne vie aux créations d'un auteur ne pouvait, ne devait, en aucun cas traverser le miroir.

Giraudeau l'a fait, et avec talent dois-je avouer. En feuilletant son dernier roman l'écriture m'a conquis et suis reparti avec le bouquin dans la main. Il y a du Conrad là-dedans me suis-je dit, et ça doit valoir la peine de passer une couple d'heures avec lui pour faire la connaissance de ses Dames de nage.

Je vais vous faire un aveu, j'ai connu Amélie, l'amour, le premier amour de l'enfant, ce Marc héros du livre qui ressemble tant à celui que j'ai croisé lorsque nous habitions à quelques pas l'un de l'autre dans le même quartier de La Rochelle, près du Vélodrome. J'en fus amoureux, tout comme lui. Il a connu cette chance de la retrouver plus tard et de vivre avec elle quelques mois de bonheur. Mais peut-on durablement construire une vie sur un souvenir d'enfance? Du moins permet-il de partir à la recherche de sa jeunesse, de fouiller son âme, de dire son angoisse mais aussi son espoir.

L'histoire n'est pas chronologique, ni même apparemment la sienne -mais est-ce si sûr?. C'est l'imbrication des histoires de Marc, Michel et Diégo, tous trois amoureux de Jo avec qui ils vivent ensemble un moment. Le départ de Jo pour l'Afrique, la mort de Michel, emporté par le vent du désert et le dévouement de Diégo, ce chanteur chilien qui, pour l'amour d'une femme, s'exile dans l'immensité des Andes pour la rejoindre. Mais ces trois là ne sont-ils pas qu'un? Unique souci, trinité rédemptrice, osmose des espoirs, des regrets et des joies de Bernard Giraudeau?  Ce sont aussi d'autres aventures, d'autres histoires d'amour vécues par des hommes et des femmes rapportées au narrateur, Marc ce cinéaste dont le regard ne peut être que bleu, et qui nous les retrace à son tour avec poésie, tendresse, humanité. Parfois le langage y est violent, cru, mais la vie d'un matelot, même si elle ne fut que de deux ans, ne l'est pas moins.

C'est surtout la vie de Marc, un demi-siècle d'existence, de l'enfant qui rêvait de lointains magnifiques, de découvertes, de rencontres, à l'homme éperdu d'amour, de la première femme qu'il pénètre, gauche et tremblant, à celle qu'il retrouve. De toutes ces femmes qu'il a aimé, voluptueusement ou maladroitement, dans des draps de soie ou derrière un container. Ysé qui se donne à lui en pleurant son amant, la jeune tahitienne si tendre et qu'il ne peut posséder, Marguerite la vieille femme aux seuls bonjours derrière une vitre et qui meurt seule, Marcia, ce travesti dont le but est d'être femme. Toutes ces femmes qui lui ont tendu la main pour l'aider ou pour être secourues, à la fois mères et amantes, ces filles qu'on embrasse, qu'on baise ou qu'on aime, ce sont les dames de nage comme une bouée salvatrice, rencontrées au hasard, sous les arcades sombres d'une rue pavée de La Rochelle ou dans le décor flamboyant de l'Afrique ou de l'Amérique du Sud.

On ne raconte pas un livre, on l'écrit ou on le lit. Que ce livre soit réalité ou imagination. Et les mots qu'ils contient, stères de paroles, nous réchauffent ou nous rebutent, nous émeuvent ou nous indifférent. Bernard Giraudeau sait les assembler après les avoir recueillis, gemmeur attentionné incisant l'écorce protectrice, pour nous offrir ces visages splendides d'hommes et de femmes dont il est assurément le frère en humanité.

Bernard Giraudeau "Les Dames de nage"  Métailié, 6,50€ (col. Points)

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mercredi 14 mai 2008

SOLLERS, VOLTAIRIEN OU LIBERTIN?

SollersJ'aime bien Philippe Sollers, son humour et sa façon de fumer très vieille France avec son porte-cigarette. J'ai peu lu de ses livres, quelques uns toutefois, dont "Femmes" bien évidemment, mais je trouve son écriture excellente. Comme je suis persuadé qu'il n'a lu aucune de mes lignes, nous sommes à peu près quittes. Mais j'aime surtout le personnage. Cette espèce de dandy apparemment dilettante, extrêmement fécond cependant, amoureux passionné du plaisir, libertin au sens du XVIIIe siècle, épris de liberté d'actes et de pensée, ami de quelques penseurs comme Lacan, Barthes ou Althusser (qu'il décrit dans "Femmes"), lecteur des écrivains classiques mais soutenant à ses débuts le "Nouveau Roman", défendant des écrivains méconnus, scandaleux ou critiqués, est de dix ans mon aîné.

Né à Talence, qui est pour Bordeaux ce qu'est Neuilly pour Paris, après ses études secondaires à Montesquieu et Montaigne, prestigieux lycées bordelais, il est chassé par les Jésuites de l'Ecole Sainte-Geneviève de Versailles pour lecture de livres interdits. Rien que pour cela, il aurait déjà mon estime. Il vit aujourd'hui entre Venise, l'Île de Ré et quelques plateaux télévisés où il rayonne par la provocation

Mon propos n'est pas une analyse de l'oeuvre (pas assez lue) ou de l'homme Sollers. Il est d'ailleurs plus connu pour l'image médiatique avec laquelle il se plaît à jouer, que par ses écrits. Je vous dirai quand même qu'il abandonna le Parti Communiste Français lorsque celui-ci décida d'interdire le livre "De la Chine" de M.A. Macciocchi, pour devenir maoïste. Sans doute son esprit à l'humour rebelle.

En réalité beaucoup de détails nous rassemblent, et c'est sans doute la raison pour laquelle il me plaît d'aller très régulièrement sur son site y lire ses commentaires. Je ne saurais trop vous le recommander; très souvent vous vous délecterez de ses formules à l'emporte-pièce qui ne manquent pas de sel, voire même de piment. Pour le plaisir je vous en livre une, "Juppé m'a paru en grande forme, son exil au Canada lui a fait du bien. Naturellement, il n'est pas du tout candidat pour 2012, mais s'il devient bouddhiste, comme Delanoé, on ne sait jamais."

Sollers, Voltairien ou libertin? Un grand écrivain, sûrement.

Mais j'oubliais de vous indiquer l'adresse de son site. C'est déjà tout son personnage qui s'exprime dans le nom: SOLLERS "Faire souffrir le Diable! C'est le programme..."

Le site de Philippe Sollers

Posté par patrickpike à 23:42 - littérature - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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